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Sylvain Brison, « L’Église, une, sainte, catholique et apostolique », Initiale. Accompagner les ados dans la foi,  257 (2020), p. 20-21.

Présentation synthétique de l’article du Crédo “Je crois en l’Église une, sainte catholique et apostolique” (notes de l’Église) pour le dossier “l’Église c’est nous” de la revue Initiale (revue de formation permanente et de liaison de la pastorale des adolescents de la Conférence de Évêques de France)

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Dans le Symbole de foi de Nicée-Constantinople (325-381) que les chrétiens proclament régulièrement lors de la messe le dimanche, nous confessons : « Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique ». Ces qualificatifs sont appelés, en théologie, les « notes » de l’Église. Cette appellation peut sembler curieuse. Elle n’est pas à comprendre selon une idée de notation numérique comme on évaluerait un devoir de mathématique, mais plutôt selon une métaphore musicale où chaque note révèle une valeur « chromatique », un son qui lui est propre et la rend unique. Ainsi, nous attribuons à l’Église quatre propriétés fondamentales qui nous disent des aspects particuliers et complémentaires de son identité. Car, comme pour la musique, l’Église se révèle que dans la symphonie des notes prises ensembles en non pas d’abord séparément.

Dieu, principe de l’Église

L’Église vient de Dieu comme la lumière vient du soleil. Ces propriétés ne sont les siennes que parce qu’elles sont d’abord les attributs de Dieu. C’est d’abord Dieu qui est « un » dans la diversité de personnes (Père, Fils et Saint-Esprit) et qui est le « seul Saint ». Parler de l’Église, c’est donc parler de Dieu. Ce point est important, car il permet d’éviter de se focaliser sur l’Église et de la mettre au centre de la foi. Si elle est importante comme Peuple de Dieu, elle est subordonnée à Dieu qui la constitue comme Église. Ainsi, si certaines notes peuvent être dures à comprendre selon le contexte qui est le nôtre (que dire aujourd’hui de la sainteté dans une Église marquée par la crise des abus ?), nous comprenons surtout qu’elles révèlent une relation entre Dieu et l’Église, relation dynamique qui tend vers sa pleine réalisation dans le Royaume à venir.

L’Église est « une »

L’unité est la première des notes. C’est la plus ancienne marque que nous lui connaissons. Elle est un aspect fondamental, car elle vient directement de l’unité de la Trinité, comme le disait déjà saint Cyprien de Carthage au IIIe siècle : « c’est par l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit que le peuple est un »[1]. Le fait que l’Église soit « une » est fondée sur l’unité de la foi. Son unité repose sur le fait que les chrétiens croient la même chose où qu’ils soient. À notre époque, nous confondons trop souvent l’unité avec l’uniformité, et nous pouvons avoir tendance à penser que l’unité de l’Église vient du fait que nous célébrons partout de la même façon ou que nous vivons l’Évangile partout à l’identique. Or, ceci est faux : la richesse de l’Église conserve de multiples manières de suivre le Christ et de le célébrer, mais nous confessons tous la même foi au Dieu vivant et vrai.

L’Église est sainte

La sainteté de l’Église vient que Dieu est le seul Saint et qu’il veut pour lui, comme le dit saint Paul, une Église à son image : « Le christ a aimé l’Église. Il s’est livré pour elle afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne, car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée »[2]. Cette sainteté est donc un processus de conversion à l’œuvre dès l’origine de l’Église et qui se développe jusqu’à la fin des temps. Affirmer que l’Église est sainte, c’est d’abord affirmer qu’elle appartient en propre à Dieu. Mais elle est, en ce monde, un corps mélangé de saints et de pécheurs qui avancent ensemble, sous la conduite de l’Esprit vers le Royaume de Dieu, en cherchant à observer chaque jour davantage le commandement divin : « Soyez saints parce que je suis saint »[3].

L’Église est catholique

L’adjectif « catholique » n’est pas ici à comprendre au sens de l’Église catholique, en opposition avec l’Église protestante ou orthodoxe. Même les protestants et les orthodoxes croient en la catholicité de l’Église ! Le mot est à prendre dans son sens grec originel. L’expression « kath’oulou » signifie littéralement « selon le tout » et implique une valeur d’universalité (au sens de la totalité) et d’authenticité (au sens de perfection dans la vérité). Croire en l’Église dans sa catholicité c’est comprendre que le Peuple que Dieu rassemble en vue du salut dépasse les frontières que les hommes veulent lui assigner par ce qu’il ne prend sa vie qu’en Dieu même.

L’Église est apostolique

L’adjectif dérive du mort « apôtre ». Confesser l’apostolicité de l’Église c’est reconnaître qu’elle a été fondée sur la foi des apôtres, compagnons de Jésus, qui ont voulu assurer une pérennité à travers le temps de la foi en Christ. Elle est donc le critère de conservation de l’unité de la foi à travers les aléas de l’histoire et la diversité des cultures. Cette note exprime aussi le fait que l’Église se renouvelle en restant fidèle à son origine et à sa fin : c’est-à-dire que sa tradition est vivante et porte toujours la puissance de la Parole que Dieu a voulu révéler.

Dr Sylvain Brison

Theologicum — Institut catholique de Paris


[1] Cyprien de Carthage, Sur la prière du Seigneur (De Dominica Oratione), n° 23. Repris par le Concile Vatican II dans la constitution Lumen gentium à la fin du n°4.

[2] Eph 5, 25-27.

[3] Lv 11, 44-45, cf. 1 P 1, 16 ; 1 Jn 3, 3.