À qui se confesser ?

Intro

Bien que de tradition protestante, Dietrich Bonhœffer accorde une grande importance à la réconciliation et la confession fraternelle qu’il situe dans la dynamique de la Cène. Dans son livre sur La vie communautaire, il donne de précieux conseils pour le choix du confesseur :  « seul celui qui vit sous la Croix du Christ peut entendre ma confession ». Même si nous, catholiques, recevons le sacrement de la réconciliation des mains des seuls prêtres, ces enseignements restent édifiants pour comprendre l’œuvre de miséricorde de Dieu en nous.

Sylvain Brison

« À qui devons-nous nous confesser ? Selon la promesse de Jésus, chaque frère chrétien peut devenir pour l’autre un confesseur. Mais nous comprendra-t-il ? Peut-être est-il dans la vie chrétienne tellement au-dessus de nous qu’il ne peut que se détourner de notre péché personnel avec une totale incompréhension ? Qui vit sous la croix de Jésus, qui a reconnu dans la croix de Jésus la profonde impiété de tous les êtres humains et de son propre cœur, n’est plus surpris par aucun péché ; et parce qu’un jour il a mesuré avec épouvante l’horreur de son propre péché, qui a cloué Jésus sur la croix, il ne peut plus s’effrayer des péchés du frère, si graves soient-ils. Il connaît le cœur humain par la croix de Jésus. Il sait l’immensité de sa perdition dans le péché et la faiblesse, comment il s’égare sur les voies du péché, et il sait aussi que tout cela est accueilli dans la grâce et la miséricorde. Aussi, seul le frère qui se tient sous la croix peut-il entendre ma confession. Ce n’est pas l’expérience de la vie, mais l’expérience de la croix qui fait le confesseur.

Le plus expert en humanité en sait infiniment moins sur le cœur humain que le croyant le plus simple qui vit sous la croix du Christ. Car il y a deux choses que la plus grande finesse, le plus grand talent et la plus grande expérience psychologique ne peuvent absolument pas faire : comprendre ce qu’est le péché. La psychologie sait quelque chose de la détresse, de la faiblesse et du désespoir de l’homme, mais elle ne connaît pas l’éloignement de Dieu de l’être humain. C’est pourquoi elle ne sait pas non plus que, laissé à lui-même, l’être humain va à la catastrophe, et que seul le pardon peut le guérir. Cela, seul le chrétien le sait. Devant un psychologue je ne suis qu’un être malade ; devant un frère dans la foi, il est permis d’être un pécheur. Il faut que le psychologue commence par fouiller mon cœur, et malgré tout il ne peut jamais en découvrir la vraie profondeur ; mais le frère chrétien sait : voici un pécheur comme moi, un sans-Dieu qui veut se confesser et cherche le pardon de Dieu. Le psychologue me considère comme si Dieu n’était pas donné, le frère me voit devant le Dieu qui juge et exerce sa miséricorde dans la croix de Jésus-Christ. Ce qui nous rend si misérables et incapables devant la confession fraternelle, ce n’est pas un défaut de connaissance psychologique, mais simplement le fait que nous manquons d’amour pour Jésus-Christ crucifié.

Par le contact journalier et sérieux avec la croix du Christ, le chrétien se départit de l’esprit de jugement humain et de l’esprit d’indulgence ; il reçoit l’esprit du sérieux divin et del’amour divin. L’expérience de la mort et de la résurrection du pécheur par la grâce devient pour lui une réalité quotidienne. Il aime ainsi les frères avec l’amour miséricordieux de Dieu qui, à travers la mort du pécheur, conduit à la vie d’enfant de Dieu. Qui peut donc entendre notre confession ? Celui qui vit lui-même sous la croix. Là où vit la parole du Crucifié, là aussi sera la confession fraternelle. »

Dietrich Bonhœffer, De la vie communautaire,
Labor et Fides, 2007, p. 101-102

Dietrich Bonhœffer est né à Beslau (aujourd’hui Wrocklav en Pologne), septième enfant d’une famille de la grande bourgeoisie prussienne. Il est l’un des grands théologiens protestants du XXesiècle, et sans doute le plus attachant : il fut exécuté quelques jours avant la fin de la guerre par les nazis, après plus de deux années d’internement dans les prisons de Berlin, pendu au camp de concentration de Flossenburg. C’est donc autant le témoignage d’une vie chrétienne exemplaire et courageuse que la profondeur de sa pensée théologique que l’on garde en mémoire. Chez Bonhœffer, militance chrétienne, action politique et réflexion théologique sont inextricablement liées.

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2021-04-01T08:56:46+00:0014 novembre 2020|Besace, Découvrir, Réflexions|0 commentaire

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