Seigneur, apprends-nous à prier

Intro

“Seigneur, apprends-nous à prier !” Cette demande des disciples à Jésus, nous la faisons nôtre très souvent. Dans ce texte extrait de l’introduction au livre des Psaumes (livre des prières de la Bible), le pasteur Dietrich Bonhœffer nous fait entrer dans le mystère de la Parole qui se fait homme et de l’homme qui use des mots de la Parole pour prier Dieu.

Sylvain Brison

Photo de Patrick Fore
sur Unsplash

Seigneur, apprends-nous à prier !

« Les disciples s’adressèrent à Jésus en ces termes, reconnaissant ainsi ne pas savoir prier par eux — mêmes. Ilsdoivent apprendre. Apprendre à prier, cela nous semble paradoxal. Selon nous, ou bien le cœur, déborde au point de se mettre à prier spontanément, ou il n’apprendra jamais. Mais c’est une dangereuse erreur, aujourd’hui certes largement répandue parmi la chrétienté, de penser que le cœur est par nature apte à prier. Nous confondons alors laprière avec les désirs, les espoirs, les soupirs, les lamentations et les allégresses — dont le cœur est capable naturellement. Et du même coup nous confondons la terre et le ciel, l’être humain et Dieu. Car prier n’est pas simplement synonyme de déverser son cœur. Prier cela signifie trouver le chemin vers Dieu et lui parler, que le cœursoit comblé ou vide. Et cela, nul ne le peut spontanément, sans l’aide de Jésus-Christ.

Les disciples veulent prier, mais ne savent pas comment s’y prendre. Vouloir parler à Dieu et ne pas pouvoir, êtreréduit au silence face à Dieu, sentir l’écho de tous nos appels se perdre dans notre propre moi, réaliser que le cœur et la bouche parlent un langage inapproprié que Dieu ne veut entendre — tout cela peut être source de grande souffrance. Un tel désarroi nous conduit à la quête d’experts en prière susceptibles de nous aider. Si l’un de ceux-là, qui peut prier, voulait bien nous entraîner dans sa propre prière, s’il nous permettait de la partager avec lui, alors nous trouverions du secours ! Des chrétiens expérimentés peuvent certes nous être d’une grande aide dans ce domaine, mais il ne le peuvent que grâce à celui qui doit les aider eux-mêmes, Jésus-Christ, à qui ils nous renvoient s’ils sontde bons maîtres de la prière. Que le Christ nous permette de partager sa prière, de l’accompagner dans soncheminement vers Dieu, qu’il nous apprenne à prier et nous sommes libérés de la souffrance de ne pas savoir prier.C’est précisément ce que veut Jésus-Christ. Il veut prier avec nous. Partageons sa prière et nous pouvons dès lors être assurés et heureux d’être entendus par Dieu. Notre prière est bonne si nous adhérons de toute notre volonté et de tout notre cœur à la prière du Christ. Nous ne pouvons prier qu’en Jésus-Christ ; avec lui nous serons exaucés.

C’est donc ainsi que nous devons apprendre à prier. L’enfant apprend à parler parce que son père lui parle. Il apprend le langage du père. De la même manière, nous apprenons à parler à Dieu parce que Dieu nous a parlé et nous parle. C’est grâce au langage du Père des cieux que ses enfants apprennent à lui parler. Reprenant les propres paroles de Dieu, nous commençons à le prier. Dieu nous écoutera si nous utilisons pour lui parler, non le langage confus et faux de notre cœur, mais celui clair et pur que lui-même a utilisé pour nous parler en Jésus-Christ.

Nous trouvons le langage de Dieu en Jésus-Christ dans l’Ecriture sainte. Si nous voulons prier avec joie et assurance,la parole de l’Ecriture sainte devra être le fondement solide de notre prière. En ayant recours à elle, nous savons que c’est Jésus-Christ, la Parole de Dieu, qui nous apprend à prier. Les paroles qui viennent de Dieu sont les marches qui nous achemineront vers lui. »

Dietrich Bonhœffer, Le livre des prières de la Bible,
Labor et Fides, 2007, p. 107-108.

Dietrich Bonhœffer est né à Beslau (aujourd’hui Wrocklav en Pologne), septième enfant d’une famille de la grande bourgeoisie prussienne. Il est l’un des grands théologiens protestants du XXesiècle, et sans doute le plus attachant : il fut exécuté quelques jours avant la fin de la guerre par les nazis, après plus de deux années d’internement dans les prisons de Berlin, pendu au camp de concentration de Flossenburg. C’est donc autant le témoignage d’une vie chrétienne exemplaire et courageuse que la profondeur de sa pensée théologique que l’on garde en mémoire. Chez Bonhœffer, militance chrétienne, action politique et réflexion théologique sont inextricablement liées.

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2020-11-15T16:29:16+00:0014 mai 2020|Besace, Découvrir, Réflexions|0 commentaire

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